Santé des femmes et action syndicale : retour sur le Réseau d’action féministe

Magali Couture, enseignante au Département de biologie, membre du comité féministe du SEECR et représentante du SEECR au comité d’action féministe de la FEC

 

Les 22 et 23 janvier derniers, le Réseau d’action féministe a réuni plus de 115 participantes pour réfléchir aux enjeux de la santé des femmes, dans le cadre d’un événement riche en échanges et en apprentissages. Cette activité a permis de combiner expertise scientifique, réflexions syndicales et expériences vécues, tout en ouvrant un dialogue essentiel sur les conditions de travail et les politiques qui touchent les femmes à différents moments de leur vie.

 

Les femmes, les hormones et le travail

La docteure Catherine Falardeau a présenté l’impact des transitions hormonales des femmes dès la trentaine sur la santé, la performance et la trajectoire professionnelle. Elle a souligné que ces enjeux, encore largement invisibilisés, contribuent à l’absentéisme, au présentéisme, au refus de promotion et même à la sortie prématurée du marché du travail d’une femme sur dix avant la ménopause. Elle a dénoncé une médecine fragmentée, trop souvent pathologisante, et un manque d’adaptations organisationnelles qui perpétuent les inégalités économiques et professionnelles. Selon elle, la santé hormonale doit être reconnue comme un enjeu de justice sociale, mobilisant employeurs, syndicats et institutions publiques pour mieux soutenir les femmes dans le monde du travail.

 

La ménopause : besoins et perspectives

Lise Goulet, conseillère à la santé de la CSQ, a proposé une présentation éclairante sur la ménopause, en mettant l’accent sur quatre objectifs : démystifier cette étape, promouvoir une image positive, offrir un espace de réflexion et respecter l’autonomie décisionnelle des femmes. À partir de la trousse Notre soupe au caillou, les participantes ont exploré les différentes manifestations de la ménopause, bouffées de chaleur, troubles du sommeil, fatigue, migraines, changements génito-urinaires, ainsi que leurs répercussions sur le travail.

Lise a également présenté les courants de pensée en matière de santé des femmes, invitant à développer un esprit critique, à valider les sources d’information et à écouter notre « petite voix intérieure ». Un regard international a permis de constater que si la ménopause reste teintée de préjugés en Occident (début de la vieillesse, fin de la féminité), dans certains pays d’Asie, elle est perçue comme un moment associé à la sagesse.

Il y a énormément d’informations et de ressources sur la santé des femmes (ménopause, menstruation, santé mentale, etc.) sur le site du Réseau québécois d’action pour la santé de femmes (RQASF) : https://rqasf.qc.ca/publications/#sousmenu4

 

Regards syndicaux et initiatives internationales

Matthieu Pellard, conseiller à la CSQ, a présenté les avancées syndicales à l’international concernant la ménopause. Plusieurs pays, dont l’Angleterre et l’Allemagne adoptent des politiques plus inclusives, reconnaissant la ménopause comme un enjeu de santé et de sécurité au travail au même titre que la maternité ou les menstruations. Parmi les mesures possibles :

  • nommer une personne-ressource formée sur la ménopause ;
  • former gestionnaires et collègues sur le sujet ;
  • autoriser la prise de temps payé pour rendez-vous médicaux ou traitements ;
  • reconnaître que la ménopause n’est pas une maladie et que certaines absences ne doivent pas être pénalisées ;
  • offrir des congés payés spécifiques et consigner les absences liées à la ménopause. 

Malgré ces initiatives, un faible pourcentage de femmes estime bénéficier d’un soutien adéquat en milieu de travail, ce qui peut conduire à une réduction du temps de travail ou à des congés maladie. Le message est clair : la reconnaissance et le soutien sont essentiels pour garantir l’équité et la conciliation travail-vie personnelle.

Il est enfin rappelé que :

  • un employeur à l’obligation de favoriser la santé et la sécurité psychologique ;
  • des accommodements raisonnables peuvent être demandés lorsqu’un enjeu de santé a des répercussions sur le travail.

 

Politique, religion et vigilance

Lors du Réseau d’action féministe de janvier, Marie‑Sophie Villeneuve, conseillère à l’action sociopolitique de la CSQ, a présenté une conférence sur la montée des mouvements religieux conservateurs et du courant « tradwife », notamment aux États‑Unis. Elle a montré comment certains groupes et influenceuses promeuvent un retour à une féminité soumise, moins de féminisme, plus de rôles traditionnels, en ciblant particulièrement les jeunes femmes et les mères avec un discours séduisant sur la famille, le bien-être et un mode de vie idéalisé. Derrière cette façade se cachent des arguments pseudoscientifiques, une instrumentalisation religieuse et des liens avec l’extrême droite, le nationalisme et la restriction des droits des femmes et des minorités.

Marie‑Sophie Villeneuve a souligné que cette dynamique s’inscrit dans un contexte de fragilisation sociale, accentué depuis la pandémie : sentiment de déconnexion, perte de repères, banalisation de la violence et radicalisation des discours antiféministes, en particulier sur les réseaux sociaux. Elle a insisté sur le fait que la religion n’est pas le problème en soi, mais que son usage politique pour contrôler les femmes et la société l’est.

La conférence a appelé à une vigilance collective face à ces discours et à ces initiatives, en rappelant l’importance de la laïcité comme rempart. Plusieurs pistes pour y répondre ont été proposées : amplifier les voix des jeunes et des femmes en valorisant des modèles d’épanouissement diversifiés, promouvoir des récits positifs et réfléchir ensemble aux conditions de travail et de vie qui peuvent réduire le besoin de solutions simplistes et séduisantes.

 

Réflexion collective et perspectives

Tout au long des deux journées, les participantes ont pu échanger en sous-groupes, réfléchir aux revendications possibles et discuter de mesures concrètes à promouvoir en tant que réseau ou organisation syndicale. Ces discussions ont permis de souligner que la santé des femmes n’est pas seulement un enjeu médical, mais un enjeu social, professionnel et politique, qui mérite d’être intégré dans les négociations et les pratiques syndicales.

Le Réseau d’action féministe a ainsi rappelé que soutenir la santé des femmes et des personnes marginalisées, c’est reconnaître les réalités hormonales, physiologiques et sociales, favoriser des milieux de travail inclusifs et renforcer l’équité dans tous les secteurs.

Pour en savoir plus sur le Comité d’action féministe de la CSQ : https://www.lacsq.org/categories/femmes/

Il est possible d’accéder à toutes les présentations via l’Extranet de la CSQ dans le dossier du Comité d’action féministe.