Syndicat des
enseignantes et enseignants
du Cégep de Rimouski
Centrale des syndicats du QuébecFérération des enseignates et enseignats de CEGEP

Pour les lectrices et les lecteurs du futur

Catherine Paradis, responsable des communications et de la mobilisation

Notre dernier numéro de La Riposte remonte au 5 mars 2020. Les lectrices et les lecteurs du futur, celles et ceux de 2074, disons, qui parcourront les numéros de La Riposte pour savoir comment se vivaient l’enseignement collégial et le syndicalisme au début du XXIe siècle, se demanderont peut-être pourquoi une telle rupture. Rupture dans la publication et dans le contenu, comme vous pourrez le constater à la lecture des autres textes de ce numéro, et probablement des numéros suivants. 

Le 13 mars 2020, un météorite est tombé en plein milieu de l’île St-Barnabé. 

C’t’une blague. Mais vous allez voir, la vraie histoire est tout aussi invraisemblable.

Je ne sais pas si Google et Wikipédia existent encore, en 2074… En tout cas, si oui, vous pourriez googler, comme on dit en 2020, coronavirus, COVID-19, SARS-CoV-2, virus chinois (ouin, vous googlerez aussi Trump), pandémie, crise sanitaire, mesures d’urgence, Horacio… Grosso modo, un méchant virus, extrêmement contagieux et particulièrement létal, a frappé d’abord la Chine, puis s’est propagé dans le monde entier, faisant des centaines de milliers de morts. Pour stopper la propagation et prévenir la saturation des hôpitaux, le vendredi 13 mars, le gouvernement du Québec a annoncé la fermeture de tous les établissements scolaires de la province. Pour vrai. 

Mais le dimanche 22 mars, ça n’allait pas mieux dans la belle province (heille, est-ce que le Québec est un pays en 2074?) ni dans le monde. Le premier ministre a annoncé la prolongation de la période de fermeture des écoles et des services de garde jusqu’au 1er mai. Pis là, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur a annoncé que les cours seraient offerts en ligne pour tous les établissements afin que les étudiantes et les étudiants puissent terminer leur session. Je te le jure. Le lendemain, le lundi 23 mars, Québec mettait tout le Québec « sur pause » jusqu’au 13 avril. « Ce qu’on dit, c’est : confinement, sauf pour les services essentiels. On est rendu là », a déclaré le premier ministre. À notre grande surprise, l’enseignement supérieur figurait sur la liste des services essentiels. On était surpris parce qu’on n’avait jamais eu l’impression d’être essentiel ni même prioritaire pour ce gouvernement - ni pour les gouvernements précédents, d’ailleurs. Mais bon, ça, c’est une autre histoire, et j’espère que le gouvernement de 2074 est plus cohérent que le nôtre.

Bref, les profs se sont retroussé les manches dès la fin mars et ont tout viré à l’envers pour terminer la session, avec toutes les acrobaties que vous pouvez imaginer dont celles, particulièrement périlleuses, de la conciliation famille-travail (les écoles et les services de garde étaient aussi fermés, je vous le rappelle) et du manque de matériel informatique tant pour eux que pour leurs élèves. Le calendrier scolaire a été réduit à 12 semaines de cours et d’évaluation. On a repris les cours à distance le 14 avril, du mieux qu’on pouvait, avec les moyens du bord. Les labos ont été repoussés dans un futur assez lointain pour nous permettre d’espérer revenir « en présentiel ». Ben oui, c’est à cette époque-là qu’on s’est mis à trouver ça plus chic de dire « en présentiel » plutôt que « en présence » (mais on n’a jamais dit en distanciel, par contre; en tout cas, pas encore). 

On n’avait pas encore fini cet inconcevable trimestre d’hiver qu’il fallait déjà préparer celui de l’automne, sans savoir ce qu’il nous serait possible de faire. Parce que depuis le 13 mars, nous n’avions plus le droit d’entrer dans le cégep. Il fallait se laver les mains 200 fois par jour et désinfecter notre épicerie. Il fallait rester à deux mètres les uns des autres. Éventuellement, il a fallu porter un masque dans les endroits publics fermés. Je sais, c’est fou. En même temps, c’est peut-être encore comme ça, en 2074. Mon dieu, j’espère que non.

Pendant tout ce temps, le comité de coordination syndicale a mis de côté La Riposte et a privilégié les courriels pour tenir les membres informés, et les instances syndicales pour les consulter. Voilà donc pourquoi, chères lectrices et chers lecteurs du présent ou du futur, il n’y a pas eu de Riposte entre le 5 mars et aujourd’hui, le 30 septembre.

Le Québec s’est lentement « déconfiné » pendant l’été et le 31 août, quand les cours ont repris au Cégep de Rimouski, on avait le droit d’accéder à nos bureaux. Toutes sortes de formules d’enseignement ont été imaginées et toutes sortes de complications ont émergé, ainsi qu’en témoignent les autres articles de ce numéro. Le comité de coordination syndicale, lui, a recommencé à se réunir en personnes en faisant mille pirouettes pour respecter les consignes sanitaires et a, une fois de plus, multiplié les instances syndicales pour consulter les membres ainsi que les interventions auprès de la Direction pour améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage. 

J’espère qu’en 2074, tout ça est terminé. J’espère que, comme dans les films, on a trouvé un vaccin et qu’on est revenu à notre bon vieux mode d’enseignement, pas en présentiel, mais en présence, tout simplement. J’espère que vos conditions de travail sont meilleures que les nôtres, que vous réussissez à souffler un peu et à vivre. 

Avez-vous vu les films Retour vers le futur? En tout cas, vous googlerez ça aussi. Maintenant que je sais que ce qu'on voit dans les films, ça arrive pour vrai, j’me dis qu’on se croisera peut-être. J’espère qu’on pourra se serrer la main…