Syndicat des
enseignantes et enseignants
du Cégep de Rimouski
Centrale des syndicats du QuébecFérération des enseignates et enseignats de CEGEP

Revoir la recherche enseignante au collégial

Francesco Barletta, enseignant de Physique au CMÉC

The story is told that when a politician asked [Michael Faraday] what good were his discoveries, he answered « At present I do not know, but one day you will be able to tax them ».

Emilio Segrè

 

Encadrer le statut d’enseignante-chercheuse et d’enseignant-chercheur

Actuellement, la recherche effectuée par les enseignantes et les enseignants du collégial se déroule principalement à travers le Programme d’aide à la recherche et au transfert (PART) : « Créé en 1987, le PART a pour objectif de mettre en valeur les ressources humaines et technologiques des établissements d’enseignement collégial (EEC) et des centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) afin de stimuler l’innovation technologique et sociale au Québec »1.

Il existe notamment deux volets, l’innovation technologique et celle dite sociale. Or, quelles sont les conditions pour qu’une enseignante ou un enseignant puisse participer à ce type de programme? Selon le guide des subventions des projets PART, « L’enseignante-chercheuse ou l’enseignant-chercheur doit être affecté à une charge d’enseignement régulier et doit conserver une tâche d’enseignement minimale de 0,2 équivalent temps complet (ETC) »2.

Cependant, il est pertinent d’observer que le statut d’enseignante-chercheuse etd’enseignant-chercheur n’est pas encadré dans l’actuelle convention collective. Pourtant, l’ancien président de la Fédération des cégeps, Monsieur Beauchesne, lors du congrès intitulé Les cégeps, moteurs de recherche qui s’est tenu le 25 octobre 2012, avait déclaré : « On voudrait développer, à la prochaine ronde de négociations, un statut d’enseignant-chercheur avec certaines conditions particulières »3.

Il faut dire que ce dossier n’a pas avancé depuis. Pourquoi définir un nouveau statut? Si on fait une mise en contexte, environ 40 % des enseignantes et des enseignants sont aujourd’hui titulaires de diplômes de maîtrise et de doctorat; de plus, les 59 CCTT répandus sur le territoire québécois génèrent environ plus de 40 millions de chiffre d’affaires en plus de nombreuses publications et un accès aux fonds de recherche. Alors, pourquoi ne pas permettre aux enseignantes et aux enseignants, surtout celles et ceux à statut précaire, intéressés par l’activité de recherche de bénéficier d’un nouveau statut pour stabiliser leur situation d’emploi? De quelle manière? La recommandation 43 de la Consultation sur le mode de financement des cégeps suggère d’« octroyer à chaque collège des ETC pour permettre aux professeures et aux professeurs d’élaborer des demandes de subvention de recherche » 4.

Repositionner le rôle des CCTT en s’ouvrant aux collaborations internationales

Afin de valoriser le potentiel des enseignantes-chercheuses et des enseignants-chercheurs ainsi que les technologies de fine pointe présentes dans la plupart des CCTT, il s’avère nécessaire de repositionner les cibles du CCTT5. L’activité de recherche ne devrait pas se borner à la recherche appliquée6 et au développement expérimental (voir figure 1) selon le mode de fonctionnement présent mais, en étroite collaboration avec le milieu universitaire, elle devrait permettre davantage la recherche fondamentale. Pourquoi changer cette vision? Il existe un grand nombre d’exemples, dans le passé, qui nous montrent que les retombées socioéconomiques sont le résultat de recherches fondamentales plutôt que le fruit de recherches appliquées isolées.

Par ailleurs, il est reconnu que la collaboration internationale représente une clé de réussite pour la découverte scientifique. Ainsi, les demandes de subventions devraient favoriser les coopérations internationales entre les enseignantes-chercheuses et les enseignants-chercheurs québécois ainsi que les professionnelles et les professionnels appartenant aux institutions gouvernementales de recherche étrangères. Cependant, les demandes de subventions pour ce type de collaborations ne font que payer les frais de transport et de séjour du personnel professionnel impliqué, et ce, pour un temps limité7. Idéalement, il serait aussi souhaitable qu’une enseignante-chercheuse ou un enseignant-chercheur puisse avoir accès à un budget pour payer des auxiliaires de recherche, tels que des techniciennes ou des techniciens de laboratoire ou des stagiaires, afin d’optimiser la recherche envisagée ainsi que pour valoriser les retombées sur la formation. 

Figure 1. Positionnement des CCTT dans la chaîne québécoise d’innovation. Le rectangle indique qualitativement le peu de contribution dédiée à l’avancement de la recherche fondamentale.

Vers la négo

Malgré le fait que la figure d’enseignante-chercheuse et d’enseignant-chercheur était déjà un sujet d’actualité en 2013, ce dossier mériterait d’être discuté à nouveau dans le contexte actuel des négociations sectorielles. Plus précisément, cette figure professionnelle touche au moins trois des thèmes proposés par la négociation, soit la tâche enseignante, la précarité et la valorisation de l’expertise disciplinaire. Finalement, en redirigeant la mission des CCTT vers la recherche fondamentale à caractère international, en plus de fournir des retombées inégalées sur la formation du personnel enseignant, on pourrait contribuer positivement au développement et à la prospérité de notre société.

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Notes

  1. Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Programme d’aide à la recherche et au transfert (PART), [En ligne]. Adresse URL : http://www.education.gouv.qc.ca/le-ministere/programmes-de-soutien-financier/programme-daide-a-la-recherche-et-au-transfert-part/, page consultée le 2 avril 2019.
  2. Mesure d’évaluation d’une tâche d’enseignement qui correspond à environ 1365 heures par année.
  3. Lisa-Marie Gervais, « Rencontre pré-Sommet sur l’enseignement supérieur — La recherche prend sa place au cégep », Le Devoir, 31 janvier 2013, [En ligne]. Adresse URL : https://www.ledevoir.com/societe/education/369724/rencontre-pre-sommet-sur-l-enseignement-superieur-la-recherche-prend-sa-place-au-cegep, page consultée le 2 avril 2019.
  4. Consultation sur le mode de financement des cégeps, document du conseil général de la FEC-CSQ, CG 2017-11-23, 24 / 006, novembre 2017, page 13.
  5. Pour être précis : « les activités des CCTT sont orientées vers les besoins exprimés par les entreprises afin de trouver des solutions concrètes et applicables à leurs problématiques ». […] Ces aspects des services des CCTT sont particulièrement importants pour les petites et moyennes entreprises (PME) dont les projets d’innovation visent généralement à apporter des améliorations graduelles aux produits ou procédés existants, dont le délai d’exécution se compte en semaines et qui sont exploitées sur une base commerciale (au lieu de faire l’objet de publications) ». Chantale Poirier, Rapport d’évaluation. Performance du dispositif des centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT), ministère des Finances et de l’Économie du Québec, conjointement avec le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie, mai 2013, [En ligne]. Adresse URL : http://www.education.gouv.qc.ca/fileadmin/site_web/documents/enseignement-superieur/collegial/Rapport_CCTT_2013.pdf, page consultée le 2 avril 2019.
  6.  « Recherche qui consiste en des travaux originaux en vue d’acquérir de nouvelles connaissances. Elle vise à résoudre des problèmes concrets. Elle est entreprise, soit pour déterminer les utilisations possibles des résultats d’une recherche fondamentale, soit pour établir de nouvelles méthodes ou de nouveaux moyens permettant d’atteindre un objectif déterminé à l’avance ». (Source : Guide de l’usager – Requête annuelle d’information, MELS, 2011).
  7.  Ces subventions prennent la forme de prix d’innovation ou d’accords bilatéraux entre deux pays.