Syndicat des
enseignantes et enseignants
du Cégep de Rimouski
Centrale des syndicats du QuébecFérération des enseignates et enseignats de CEGEP

Les nécessités élémentaires de la culture

Jean-Philippe Roy, enseignant en Arts visuels

La réalité des artistes tient bien souvent aux nécessités les plus élémentaires, à savoir assurer sa survie financière tout en maintenant une pratique artistique engagée et authentique. On peut faire de l’art un passe-temps, peindre les dimanches et exposer au café du coin, mais le résultat en sera fatalement plus pauvre que si on s’y investit totalement. L’exercice de la création commande beaucoup de travail si on veut toucher autrui en lui proposant une expérience riche et pertinente. Autrement, l’art se voit condamné à des effets de surface et à une réflexion tout aussi superficielle.

Pouvoir faire son travail

Il en va de l’artiste professionnel comme de n’importe quel chercheur : il peut appliquer son savoir — pensons à la politique du 1 % dans le domaine des arts visuels —, mais ce dernier doit être nourri par une recherche plus fondamentale qui nécessite du temps et où le hasard contribuera parfois à révéler quelques trésors langagiers, mélodiques ou imagiers. Or, la norme pour la plupart des artistes est d’accorder plus de temps à un travail alimentaire qu’au travail artistique pour lequel ils sont formés et dans lequel ils souhaitent s’investir. En outre, la création commande de travailler dans un lieu consacré à cette activité, avec les bons outils et les bonnes ressources qui permettent d’atteindre une qualité nécessaire à la naissance d’une œuvre cohérente et pertinente. Par conséquent, l’enjeu quotidien pour l’artiste est bien souvent d’être capable de faire son travail, tout simplement.

Pour la dignité du milieu artistique

Dans une région comme le Bas-Saint-Laurent, ils sont bien peu à s’engager sur cette voie difficile, avec pour résultat une très grande concentration des artistes dans les grands centres urbains où l’on retrouve un milieu artistique plus effervescent et une reconnaissance plus éclairée des pairs. Si la politique culturelle proposée récemment par le PLQ semble bien accueillie par les associations d’artistes, il reste encore beaucoup de travail à faire pour favoriser la tenue d’une carrière artistique durable et attirer de nouveaux artistes.  

Pour qu’un milieu artistique s’implante solidement dans une région, il faut d’abord des lieux de production et de diffusion qui soient attrayants et qui répondent aux besoins des créateurs et des diffuseurs. Ces lieux permettent aux artistes de se rencontrer et d’échanger des idées et de développer une vision commune du développement culturel. Symétriquement, ces endroits favorisent la rencontre du public avec les œuvres des artistes. À Rimouski, le cas du Paradis illustre l’importance de pareils lieux. En effet, ce projet est né de la volonté des artistes et organismes culturels locaux de se fédérer en coopérative autour d’un projet commun. Cependant, voilà plus de 10 ans que ces regroupements d’artistes s’activent vaillamment dans des locaux ingrats et désuets, toujours soumis à de vagues promesses électorales qui en projettent le réaménagement, une attitude purement intéressée de la part des partis au pouvoir qui n’est pas digne de l’engagement de ces travailleurs culturels. Rien ici pour favoriser la rétention des artistes dans la région ni pour en attirer des nouveaux.

De l’art sur un coin de table

Parallèlement, il est notable de constater dans la région l’absence d’espace locatif dédié à la production d’œuvre d’art. L’artiste qui voudra louer ou acheter un atelier en région se butera aux tarifs commerciaux typiques des zones industrielles, la nature de son travail ne lui permettant pas pourtant de générer le même niveau de recettes. Le gouvernement pourrait faire beaucoup en cette matière en incitant les municipalités à rendre disponible pour les artistes de tels équipements à prix modique ou par quelques allègements fiscaux. Autrement, les artistes régionaux se verront contraints à réaliser leurs œuvres avec du temps volé, sur un coin de table, perpétuant le modèle de l’artiste de région folklorisé et déconnecté de la culture contemporaine. Ce type de mesures élémentaires est essentiel à la reconnaissance du travail des artistes et à la constitution d’un milieu culturel durable.